Fin du quadriennium 2019-2022, Stratégie 2023-2026 : interview de Christophe Bories, président du COPIL FFEM

publié le 07 Avril 2023
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RESCO SALOUM Senegal
Christophe Bories, président du Comité de pilotage du FFEM revient sur le quadriennium 2019-2022 et ses événements marquants et apporte son regard sur les défis à relever par le FFEM au cours des quatre prochaines années.
Christophe Boris COPIL

 

En quoi le quadriennium 2019-2022 illustre le rôle et la mission du FFEM ?

La période 2019-2022 a permis d’illustrer le cœur de mission du FFEM :   EXPERIMENTER, INNOVER,  S’ADAPTER et CO CONSTRUIRE avec les acteurs locaux.
Avec 103 millions d’euros engagés pour soutenir 60 projets, dont presque les trois quarts en Afrique, le FFEM a tenu haut la main ses objectifs. Son rôle n’est en effet pas d’être le plus grand fond mais d’avoir un rôle de détecteur d’innovation, d’expérimentateur, et de s'adapter de manière agile aux différents situations. Le FFEM a démontré cette capacité de co-construction avec les acteurs locaux dans un contexte mondial complexe, notamment lié à la crise du Covid – j’y reviendrai.

Le FFEM, de manière assez pertinente, montre que l'environnement, ne se résume pas au climat. Il est actif autant pour la préservation de la biodiversité que pour le climat, ce qui est probablement assez rare pour être noté. L’enjeu de cette convergence climat / biodiversité est confirmé par le GIEC et l’IPBES. Le FFEM a vraiment son rôle à jouer sur ce lien indélébile entre les deux.

Au-delà, le FFEM a poursuivi une approche la plus large possible d’« environnement mondial » en intégrant les différents enjeux environnementaux. Il soutient une grande diversité de projets y compris pour la lutte contre la désertification ou pour la gouvernance des écosystèmes marins et côtiers. Cela s’est également illustré par ses appels à projets contre les produits chimiques et déchets dangereux et pour le froid et la climatisation durables qui combinent lutte contre le changement climatique et contre la dégradation de la couche d’ozone.

Comme vous le savez, de nombreux fonds sont actifs sur les enjeux climatiques. Le FFEM s’est davantage positionné sur l’adaptation et sur l’atténuation au travers des écosystèmes et des solutions fondées sur la nature plutôt qu’au travers de propositions technologiques qui ne font pas toujours consensus. Le rôle du FFEM est ainsi, non pas de dupliquer des solutions qui existent déjà, mais de chercher des solutions innovantes parfois technologiques mais aussi organisationnelles ou méthodologiques.

Est-ce qu’un ou plusieurs projets vous ont particulièrement marqué sur ce quadriennium 2019-2022 ?

Difficile question ! Nous avons appuyé des projets tellement variés : des solutions fondées sur la nature, la gestion des écosystèmes qu’il s’agisse de zones humides en Méditerranée, d'Altiplano en Amérique du Sud, de mangrove, d’herbiers marins, ou de forêts en Afrique, ainsi que l’éco-construction bio-climatique au Sahel, ou la réduction et gestion des déchets plastiques.
Il y a plusieurs sortes de projets. Ceux (pas les plus nombreux) où il s'agit d'une innovation technologique intéressante : je pense notamment à un projet en Tunisie qui permet la récupération de plastique pour le transformer en énergie ; ou un autre qui avait amené beaucoup d’échanges au sein du Comité de pilotage du FFEM autour de voiles de kite pour produire de l'électricité à Maurice. Ceux (plus fréquents) qui s’appuient sur l’organisation de filières ou de territoires, comme plusieurs projets forestiers en Afrique centrale ou de cacao zéro déforestation. Sans oublier, les projets dans des zones très difficiles, par exemple au Sahel, notamment pour la protection de parcs naturels. Il est intéressant que le FFEM ose se positionner sur les enjeux environnementaux dans des pays où la situation sécuritaire est fragile, en étant à l’écoute des communautés locales.

Le ONE FOREST SUMMIT qui s’est déroulé les 2 et 3 mars dernier a été l’occasion de poser un coup de projecteur sur le volet Evaluation – Capitalisation du FFEM : Quelle est, selon vous, sa valeur ajoutée ?

Le volet Evaluation-Capitalisation fait partie de l'identité du FFEM pour caractériser la pertinence des solutions innovantes et aider leur passage à l’échelle. Le FFEM fonde son action sur les enseignements capitalisés depuis plus de 25 ans, grâce aux évaluations des projets regroupés dans des grappes thématiques. L’enjeu est toujours de mieux valoriser ces enseignements, de les rendre accessible et de les diffuser au plus grand nombre. Le FFEM a ainsi diversifié ces formats de capitalisation pour un meilleur partage des enseignements grâce notamment à la capitalisation croisée entre plusieurs projets ou programmes, à la capitalisation in itinere au fil de l’exécution des projets ou à la capitalisation ex post à la fin des projets. Ces différentes capitalisations tout au long de la vie du projet sont essentielles pour nourrir un argumentaire et influencer les autres acteurs, praticiens, décideurs et bailleurs avec de plus grande capacité de financement, pour répliquer et passer à l’échelle.

Le FFEM compte aujourd’hui des publications de référence avec la volonté de créer une collection : le guide sur les aires marines protégées, publié pour le Congrès mondial de la Nature à Marseille en septembre 2021, était encore valorisé en mars 2023 en marge du 5ème Congrès international des aires marines protégées (IMPAC 5) à Vancouver. A l’occasion du One Forest Summit, des recommandations pour une gestion durable des forêts d’Afrique centrale ont été partagées sous différents formats à l’adresse des décideurs. Et prochainement, une nouvelle publication sur la Nature en Ville complètera cette collection.
La crise du COVID a effectivement limité la portée des actions du FFEM dans un certain nombre d'endroits ou de forums, mais l’équipe du FFEM a réussi à produire des documents de capitalisation de grande qualité.

Quels sont, selon vous, les événements marquants de ce quadriennium 2019-2022 ?

La crise du COVID évidemment a été un événement sans précédent. Le FFEM s’est révélé extrêmement résilient pour atteindre ses objectifs de financement, pour suivre les projets en exécution au plus près des partenaires, pour rester agile et adapter les méthodes d’instruction des projets en s’appuyant sur des consultants locaux.
La célébration des 25 ans du FFEM en mars 2020 a été également un événement marquant de ce quadriennium. A travers des témoignages de porteurs de projets et de partenaires, ce fut l’occasion de revenir sur les deux grands objectifs stratégiques du FFEM : innover et partager, pour un passage à l’échelle des solutions et un impact renforcé sur l’environnement et le développement.

Le FFEM s’est également mobilisé au Congrès IUCN à Marseille en septembre 2021, 1ère conférence internationale sur l’environnement après la crise du COVID. Cet événement a constitué une étape clé dans la mobilisation de la communauté internationale pour la conservation de la nature et le développement d’un nouveau cadre mondial pour la biodiversité, notamment en matière de relance « verte » post COVID-19. Le FFEM a ainsi participé à une vingtaine d’évènements du Congrès sur la résolution des conflits homme-faune, la gouvernance des aires protégées, la relance fondée sur la nature, les enjeux en haute mer ou encore sur l’atténuation et la régulation des impacts du changement climatique à travers la conservation et la restauration des mangroves.

Enfin, ce quadriennium se conclut par deux événements majeurs : la COP 27 Climat et la COP 15 Biodiversité. La COP 15 fut plus particulièrement ambitieuse au travers de l’engagement de 196 signataires, le 19 décembre 2022 à Montréal, à protéger 30% de la planète d'ici à 2030. L’objectif annoncé de 30 milliards USD de financements des pays développés à destination des pays en développement d’ici 2030, provenant aussi bien de sources publiques que privées, est un défi immense et on ne peut que s’en réjouir. En tant qu’« incubateur d’innovation » et testeur de solutions, le FFEM est un précieux allié dans l’atteinte de ces engagements, avec l’ensemble des partenaires nationaux et internationaux, et notamment avec le Fonds pour l’Environnement mondial (FEM).

L’Etat a renouvelé sa confiance en ré abondant le FFEM à hauteur de 132 M€ sur la période 2023-2026. Quel est, selon vous, le plus grand challenge ?

Le FFEM a effectivement vu ses moyens augmenter de 10 %, une augmentation corolaire à la taille du fonds et à ses moyens. Cette augmentation reflète la poursuite de l’engagement financier de l’Etat et du Ministère de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique (MEFSIN), et aussi la confiance partagée par l’ensemble des institutions membres, des parlementaires et des ONG. Elle confirme également le souhait de pouvoir soutenir un peu plus de projets, tout en conservant ce qui fait la qualité et l’originalité du FFEM, notamment le regard sur chaque projet de son Conseil Scientifique et Technique.

Les 4 prochaines années se placeront sous le signe de la mise en œuvre des feuilles de route issues des dernières COP 27 Climat et COP 15 Biodiversité et de la nouvelle stratégie 2023-2026 du FFEM. Une nouvelle stratégie qui a été un travail important tout au long de 2022, avec des interactions et des consultations extérieures. Le principal enjeu est de poursuivre ce que nous avions entamé tout en étant peut être plus explicite afin d'être mieux compris, de réaffirmer certaines grandes directions et certains objectifs, notamment en termes de méthodes qui nous semblent utiles, au travers d’un document particulièrement lisible. Les équipes ont fait un travail remarquable pour un document qui est à destination des porteurs de projets, mais également compréhensible par un public plus large.

Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, le FFEM compte ainsi apporter sa contribution aux positions ambitieuses défendu par la France au niveau international. Les porteurs de projets répondent déjà présents avec une vingtaine de projets en instruction avec le secrétariat du FFEM.