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Cacaoyers, caféiers, hévéas et palmiers à huile ont dopé le développement économique de la Côte d’Ivoire. Mais aujourd’hui, la production agricole est menacée par l’appauvrissement des terres et par la raréfaction de la forêt qui entraîne des changements microclimatiques préjudiciables pour les cultures. Pour enrayer ce double phénomène, le projet Terri4Sol, coordonné par le Cirad et financé majoritairement par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), est lancé pour promouvoir des pratiques durables de gestion des paysages post-forestiers de Côte d’Ivoire. L’objectif : restaurer les sols et la multifonctionnalité de ces paysages.

Restaurer la fertilité des terres agricoles dans des paysages plus forestiers, tel est le nouveau mot d’ordre du Ministère d’Etat Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MEMINADER) de Côte d’Ivoire. C’est pour contribuer à cet objectif que Terri4Sol a été mis en place. Le projet accompagnera le MEMINADER pendant quatre ans pour mettre en œuvre une stratégie de gestion durable du carbone organique des sols, inspirée de l’initiative 4 pour 1000.

Le but est de construire l’agriculture du futur : elle doit être plus résiliente, s’adapter aux changements, climatiques par exemple, tout en répondant aux enjeux d’augmentation de la population rurale ivoirienne. Drissa Traoré, point focal du projet au MEMINADER et conseiller technique à la Direction Générale des Productions et de la Sécurité Alimentaire 

Terri4Sol s’attachera ainsi à fournir des éléments scientifiques pour orienter les politiques publiques du MEMINADER. « À partir de ces données, les décisionnaires pourront imaginer des scénarios d’aménagement des territoires favorisant le stockage du carbone organique dans les sols tout en restaurant une partie de la couverture forestière du pays », déclare Drissa Traoré. Par ailleurs, des pratiques bénéfiques pour la fertilité des terres agricoles seront évaluées avec le concours des populations locales de trois villages situés à une centaine de kilomètres au nord-est d’Abidjan, dans la région de la Mé.

Pour en finir avec un développement agricole basé sur la déforestation

Jusqu’à présent, le développement de l’agriculture ivoirienne reposait sur l’exploitation des sols de forêts denses et humides de la moitié sud du pays. « Après déforestation, ces terres sont en effet riches en matières organiques, retiennent bien l’eau et profitent d’un microclimat favorable aux cultures », explique Bruno Hérault, spécialiste des forêts tropicales au Cirad et coordinateur du projet. Mais ces bonnes conditions ne durent qu’un temps. Au bout de quelques années, cette fertilité s’étiole tandis que la déforestation massive modifie fortement le climat local. Les agriculteurs ont alors recours à des intrants chimiques quand ils ne défrichent pas de nouvelles parcelles. « Ce système itinérant de cultures n’est, aujourd’hui, ni durable ni viable à cause de l’augmentation de la population et de la disparition des forêts. » 90 % du couvert forestier originel de la Côte d’Ivoire a en effet disparu. Et la plupart des forêts encore présentes sont extrêmement dégradées.

Préserver la forêt et limiter les fertilisants chimiques

Pour préserver ce qu’il reste de couvert forestier et limiter l’emploi d’intrants chimiques, il est impératif d’améliorer la fertilité des sols avec des méthodes plus respectueuses de l’environnement. Il s’agit, par exemple, du maintien de la couverture du sol, du recyclage de déchets agricoles organiques ou encore du développement de l’agroforesterie qui peut aussi contribuer au reboisement du pays.

« La mise en œuvre de ces pratiques dans la région de la Mé sera confiée à Nitidæ, une ONG qui est déjà impliquée localement dans un projet de lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts », ajoute Bruno Hérault. Les enseignements tirés de ce projet pilote pourront alors être appliqués à d’autres régions du sud de la Côte d’Ivoire.

La dimension innovante du projet réside dans son approche multi-scalaire qui cherche à initier les dynamiques de changement au niveau national, régional et local pour ainsi participer à une transition durable des territoires agricoles et forestiers en Côte d’Ivoire. Aurélie Ahmim-Richard, responsable des projets Forêts et Agriculture au Fonds français pour l’environnement mondial.
Le potentiel de séquestration des sols de ces régions sera d’ailleurs cartographié conjointement avec l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny et l’Université Nangui Abrogoua pour identifier les zones les plus à même de bénéficier de ces pratiques durables. Fixer le carbone dans les sols permettra alors au pays de poursuivre, de manière plus durable, des cultures essentielles à son économie tout en luttant contre le réchauffement climatique.

Journée annuelle de l’initiative 4 pour 1000 le 10 novembre à Glasgow

Lancée par le gouvernement français le 1er décembre 2015 lors de la COP 21, l’initiative 4 pour 1000 a pour double ambition de lutter contre le réchauffement climatique et d’assurer la sécurité alimentaire de la population mondiale. Comment ? En augmentant chaque année les stocks de carbone des sols agricoles et forestiers de 0,4 %, soit 4 pour mille. De nombreuses pratiques durables ont en effet prouvé qu’elles facilitent le stockage du carbone de l’air dans les terres agricoles avec deux bénéfices principaux pour nos sociétés : une fertilité des sols accrue et une baisse de la teneur en CO2 dans l’atmosphère. La journée annuelle de l’initiative aura lieu le 10 novembre en présentiel à Glasgow et en ligne.

En savoir plus

 

Partenaires :

  • MEMINADER : Ministère D’Etat Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural de Côte d’Ivoire
  • ONG Nitidæ
  • INPHB : Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny, Yamoussoukro, Côte d’Ivoire