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Quand l’innovation énergétique transforme durablement les territoires
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Dans un contexte de changement climatique, rappeler le rôle central de l'ingénierie dans l'atténuation de ses effets est indispensable. À l’occasion de la journée mondiale de l'ingénierie pour le développement durable, le projet Pot@maï illustre concrètement cette ambition.
Porté par le Ministère de la transition écologique et soutenu par le FFEM en partenariat avec l’UE, l’AFD dans le cadre du Programme pour l’Efficacité Énergétiques des Bâtiments (PEEB), la Région AURA, la Région Hauts de France, la Fondation Rothschild et la Fondation Air France, le projet déploie une solution innovante combinant énergie hydrolienne et solaire pour alimenter des services essentiels en zone rurale.
Inscrit dans la dynamique du PEEB — qui vise à lutter contre la précarité énergétique tout en transformant durablement les pratiques du secteur — Pot@maï démontre qu’une ingénierie sobre, co-construite avec les territoires, peut devenir un levier d’autonomie énergétique et économique.
Du prototype à un modèle réplicable : Pot@maï change d’échelle
En Afrique subsaharienne, le taux d’électrification s’élève à 31 %, et tombe à 12 % en milieu rural. Sur le fleuve Congo, à la fois source de vie et d’énergie, une alternative s’est progressivement structurée.
La première phase du projet a permis la mise en service de la première barge hydrolienne fabriquée au Congo et opérée par une équipe 100 % congolaise - une avancée majeure vers la maitrise locale de la production énergétique. Une étude de faisabilité préalable approfondie a permis de sélectionner le modèle d’hydrolienne le plus adapté et de dimensionner les équipements en fonction des besoins des populations. Le projet a également accompagné le recrutement et la formation des gestionnaires, ainsi que la création et le suivi de la microentreprise de gestion.
Soutenue par la Facilité d’Innovation du FFEM pour le Secteur Privé (FISP), la technologie Hydro-Gen développée par l’entreprise L’Aquaphile est spécifiquement conçue pour les sites isolés et les contextes peu équipés.
La deuxième phase capitalise sur ces acquis pour déployer de nouvelles Unités de Services Essentiels (USE) combinant hydrolien et solaire. Pensées avec les communautés, elles garantissent l’accès à l’eau potable, au froid, à la transformation agricole et au développement d’activités économiques locales, tout en accélérant la transition bas carbone.
Les résultats sont concrets : chaîne du froid sécurisée, production d’eau potable assurée pour les vingt prochaines années, ainsi que la production locale de farine de manioc et de pâte d’arachide. L’implication des femmes et la formation des populations locales demeurent au cœur du modèle.
Comment le projet a changé la vie des habitants de Mbamou
Le PEEB, appui stratégique du changement d’échelle
Le passage de l’expérimentation à un modèle structurant s’inscrit pleinement dans le cadre du Programme pour l’Efficacité Énergétique des Bâtiments (PEEB).
En articulant mise en œuvre opérationnelle et structuration institutionnelle, le PEEB permet de transformer une innovation locale en dynamique sectorielle durable.
Il accompagne ainsi le déploiement des USE tout en contribuant à renforcer la résilience des bâtiments face aux événements climatiques extrêmes, aux crises économiques et aux pénuries d’énergie.
Une ingénierie conçue avec et pour les territoires
Le projet repose sur deux piliers technologiques complémentaires, issus d’une co-innovation entre acteurs congolais et français.
- Premier pilier : l’ingénierie bioclimatique.
Les bâtiments accueillant les USE, conçus par un architecte congolais et optimisés grâce à des simulations thermiques dynamiques réalisées par un bureau d’études français avec l’appui du PEEB, sont adaptés aux contraintes climatiques locales (chaleur, humidité, ventilation naturelle). Cette approche réduit fortement les besoins énergétiques et les coûts d’exploitation.
- Second pilier : l’ingénierie hydrolienne.
Les barges développées par une start-up française ont été testées et améliorées au Congo. L’enjeu est désormais d’optimiser leur performance en conditions réelles et de transférer les compétences nécessaires à la fabrication locale des pièces complexes ainsi qu’à la maintenance des composants.
Au-delà de l’électricité : un modèle économique durable fondé sur l’expertise partagée et la co-construction
Les Unités de Services Essentiels ne se limitent pas à produire de l’électricité. Elles génèrent leurs revenus à travers la transformation et la vente de produits répondant directement aux besoins des communautés.
Ce modèle intégré favorise l’émergence d’un écosystème technique local capable de concevoir, produire et entretenir des solutions énergétiques adaptées aux réalités du terrain. Il combine transfert de compétences, implication des femmes aux postes techniques et décisionnels, et participation active des populations dans la définition des services prioritaires.
Chaque USE assure un accès continu à des services essentiels, crée des emplois durables en milieu rural et préserve l’environnement grâce à une solution sans infrastructure lourde.
Une ingénierie sobre, inclusive et réplicable
En conjuguant expertise internationale, savoir-faire congolais et transfert de compétences, Pot@maï contribue à l’atteinte de plusieurs Objectifs de Développement Durable.
Plus qu’une réponse technologique, le projet incarne une démarche partenariale au service de l’autonomie, de la résilience et d’un développement porté par les territoires eux-mêmes. À terme, cette dynamique ouvre la voie à la diffusion de modèles énergétiques innovants, durables et reproductibles à plus grande échelle.